Tukwilla crocs sanglants

Tukwila était accroupi sur une longue pierre plate dressée au milieu des rocailles. Les yeux fermés, il respirait profondément, gonflant et dégonflant son énorme poitrine musclée couleur ébène. Une petite bourse de cuir noir dansait entre ses doigts. Jumamosi, la sorcière du clan, la lui avait donné en le fixant de son œil énigmatique. « Tu auras besoin du pouvoir des esprits » lui avait-elle dit. Il délia le cordon de lin qui enfermait une mystérieuse poudre jaune, la poudre des songes. Il en versa quelques grains sur sa langue et bientôt il entra en transe, ne faisant plus qu’un avec les esprits de la nature.
Il vit dans ses songes son totem s’approcher de lui, et fusionner avec son âme de guerrier. Il était homme. Il devint loup. Il était Tukwila, il devint Croc Sanglant. Il sentit les instincts du loup remplir son corps et se mit même à grogner doucement. Ses narines se dilatèrent, laissant entrer les odeurs de la piste fraîche qu'il venait de perdre au milieu de l'immense pierrier qui s'écoulait de la montagne. Tukwila était un pisteur exceptionnel et avait été désigné pour retrouver une femme du clan et ses deux enfants. A l'odeur douceâtre de la femme et des petits se mêlait celle, plus âpre, de deux guerriers d'un clan qu'il ne connaissait pas.
Il ouvrit les yeux et d'un bond se mit à courir pour remonter la piste. Bientôt il les aperçu, petites taches noires qui semblait danser en contrebas. Il redoubla d'efforts et rapidement l'odeur du sang l’emplit de rage. Il les avait cherchés deux jours durant. Et il arrivait peut-être trop tard.

Les guerriers fardés du Clan de la Lune Blanche l'entendirent hurler et se détournant de leurs victimes l'aperçurent qui chargeait comme un fou furieux. Ils pointèrent leurs lances dans la direction de ce dément, se préparant pour l'impact. 
Mais les griffes d’acier pointées en avant bloquèrent les lances. D'une torsion du poignet les guerriers blanc se retrouvèrent désarmés et moins d'une respiration plus tard les crocs de Tukwila avaient eut raison de ses deux ennemis, leur tranchant net la gorge. 
La rage quitta alors les traits de son visage pour se retirer au fond de ses pupilles. Tukwila se retourna alors et fixa les corps tremblants de ceux qu'il venait de sauver.
- La meute est sauve, ma sœur, dit-il simplement.